Dans les régions montagneuses avoisinant la Mecque vivait une tribu dénommée les Banû Jumuh. Tous les membres de cette tribu étaient des idolâtres et s'adonnaient tout comme les autres tribus à l'élevage et à l'agriculture. Prévalaient chez eux aussi les coutumes et les usages de l'époque Antéislamique, tels que les razzias, le pillage, le vol etc. Cette tribu riche et puissante se permettait de capturer des gens pour s'en servir comme esclaves.

Bref, les Banû Jumuh avaient peu de vertus morales et on ne trouvait chez elle aucune trace de bonté et de bonne conduite. Parmi les esclaves de cette tribu, un nommé Rebâh se démarquait par sa haute moralité, sa conduite irréprochable et son intégrité inégalable. Aussi lui avait-on confié la supervision de la propriété de la tribu.

Lorsque l' "Armée de l'Eléphant" marcha sur la Mecque pour démolir la Sainte Ka'bah, Hamâmah, la nièce d'Abrâhâ, le chef de l'armée, se rendit sur une montagne proche afin de se détendre et de faire une partie de chasse. Aussitôt, quelques hommes appartenant à la tribu de Kath'am qui campait dans le voisinage de la Mecque comme d'autres tribus sauvages et cruelles, attaquèrent les soldats d'Abrâhâ.

Selon les coutumes en vigueur chez les Arabes de l'époque, cette dame fut attaquée et finalement le chameau qui portait la litière royale tomba entre leurs mains.

Comme il existait des liens d'amitié entre les Banî Kath'am et les Banî Jumûh, les premiers gardèrent pour eux la litière d'or, les bijoux et tous les autres objets précieux et offrirent la dame en cadeau aux seconds. Ainsi une nouvelle personne vint s'ajouter aux esclaves féminines de cette tribu.

Hamâmah alla vivre avec la tribu des Jumûh pendant un certain temps, tout en gardant toujours l'espoir de pouvoir un jour rejoindre l'armée d'Abrâhâ. Toutefois, plus le temps passait plus elle se rendait compte qu'elle ne devait plus espérer se libérer de cette tribu et qu'il fallait donc se résigner à rester avec ses ravisseurs.

Pendant son séjour parmi les Jumûh, Hamâmah fut fortement impressionnée par la moralité et la bonne conduite de Rebâh qui était plus ou moins considéré comme son gardien. Constatant une entente et une affinité de caractère entre les deux captifs, le chef de la tribu les maria.

Les deux conjoints commencèrent ainsi une nouvelle vie et vécurent plusieurs années en faisant preuve de beaucoup d'amour et de sincérité l'un envers l'autre. Pendant cette période, ils mirent au monde deux garçons et une fille. Les deux garçons s'appelaient Bilâl et Khâdid, et la fille, Ghufrah. Comme leurs parents, les enfants étaient traités en esclaves de la tribu.

Quelques années plus tard, Khalaf, le chef de la tribu mourut. Il laissa derrière lui plusieurs fils dont l'aîné était Omayyah. C'était un homme grand qui paraissait très arrogant et rude. Tous les membres de la tribu le craignaient, et la plupart d'entre eux le considérait avec respect. Peu de temps après, Rebâh aussi rendit l'âme. Bilâl ainsi que sa mère, son frère et sa soeur continuèrent à vivre avec la tribu.

Plus tard,Bilâl acquit le titre de "Né-natif" de la tribu, et les membres de celle-ci, spécialement Omayyah le traitèrent avec gentillesse.Toute la tribu l'aimait tellement qu'elle le nomma au poste de son père et lui confia la supervision de leur propriété et de leur temple-idole.

Omayyah qui avait l'habitude de visiter la cité, comme son père avec les esclaves,éprouva une sympathie particulière pour cet esclave noir qui n'était pas comparable aux autres.

L'appel du Prophète

À peine quelques jours après que le Saint Prophète eut fait entendre l' appel à l'Islam au public et alors que le nombre des Musulmans n'excédait pas la quarantaine,Bilâl l'esclave éthiopien accepta sans hésitation l'invitation à l'Islam.Les opposants du Saint Prophète, avaient quant à eux très peur de la pénétration de l'Islam dans les coeurs des masses.Jour après jour, ils prenaient de nouvelles décisions, et ne s'attendaient point à ce que le Prophète (P) puisse survivre à leurs insultes et leurs persécutions.

Bien que Bilâl fût pris entre les griffes de l'un des ennemis les plus obstinés du Messager d'Allah, et mis sous surveillance étroite, son amour pour le Saint Prophète et pour la religion musulmane fut tel qu'aucune contrainte ne pouvait l'en détacher.

On peut dire que Bilâl porta sur ses épaules l'étendard de la liberté de tous les esclaves.Il fut le premier homme à élever la voix pour la liberté des Noirs, et à faire savoir au monde sauvage et oppresseur qu'il n'y a pas de différence entre un Blanc et un non-Blanc. Avec son visage noir, son coeur lumineux et éclairé, aguerri par toutes les souffrances et les tortures qu'il avait dû subir, il cria la vérité et fit entendre le message de l'Islam à toutes les oreilles. Sa détermination et son enthousiasme à cet égard étaient tels qu'il surprit ses maîtres qui faisaient partie des ennemis du Prophète (P).